Les TâCos de Thucydide et de Rameau

Banque de tâches complexes pour l'histoire-géographie-emc et pour les arts. Site animé par L. Fillion et O. Quinet pour l'Histoire géographie emc et N. Olivier pour les arts. Les travaux que vous trouverez ici ont été réalisés par et pour les professeurs. Contacts : oquinet@histgeo-rostand.net / laurentfillion@gmail.com

Voici une synthèse sur la tâche complexe fort interessante… Même si je ne partage pas entièrement l’avis de mon collègue et ami sur la scénarisation. Bonne lecture. 

Bonjour à tous,

je fais un petit sujet sur la tâche complexe uniquement pour l’HG car dans les autres disciplines, la situation n’est pas exactement la même. J’ai mis du temps à écrire ce sujet pour de nombreuses raisons, désolé pour ceux qui m’avaient demandé.

Tout d’abord, quelques éléments de contextualisation. La tâche complexe a d’abord été définie dans les matières scientifiques et dans les LV ce qui nous pose un grave problème en HG. Etant les premiers, leur interprétation de la définition de la tâche complexe a tendance à faire figure de loi générale et donc, les malentendus et les crispations commencent car la nature intrinsèque même de l’HG (surtout de l’histoire) ne peut pas entrer dans cette interprétation de la définition par les matières scientifiques et les LV.

Ensuite, il y a deux définitions qui s’entremêlent pour la tâche complexe, l’une est très simple (et que dorénavant j’appellerai tâche complexe) et l’autre est la définition d’un outil didactique très précis (et que je nommerai TâCo). Là encore, ces deux définitions de tâche complexe créent des quiproquos et des sarcasmes de la part des opposants au travail par compétence. En effet, la première définition est celle-ci : « travail de l’élève demandant d’utiliser au moins deux capacités cognitives ». Ainsi, une équation en mathématiques, une rédaction en français ou une mise en récit sur documents en HG sont des tâches complexes. Bref, cette définition évoque les travaux réflexifs en autonomie qui ont toujours été donnés aux élèves. Rien de nouveau sous le soleil. Evidemment, la seconde définition est tournée en ridicule et incomprise à cause de cela et pourtant, elle ne définit pas la même chose. Elle crée un nouvel outil didactique et pédagogique, donc la TâCo. La définition institutionnelle de la TâCo est la suivante : La tâche complexe est une tâche mobilisant des ressources internes (culture, capacités, connaissances, vécu…) et externes (aides méthodologiques, protocoles, fiches techniques, ressources documentaires…) ; complexe ne signifie pas compliqué, elle demande une consigne globale et précise: ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils doivent produire sans indiquer comment s’y prendre ,des ressources externes (internet, documents « papier », observations microscopiques , terrain…) et des aides pour ceux qui n’y parviennent pas (aides méthodologiques, cognitives, procédurales). (source :http://eduscol.education.fr/cid51827/temoignage-mise-en-oeuvre-dans-la-classe.html )

Bref, la tâche complexe et la TâCo parlent de la même chose mais la définition institutionnelle de la TâCo rajoute les éléments techniques permettant de créer un outil d’enseignement précis. La distinction paraît ténue mais elle est réelle d’autant plus que les sciences et les LV ont rajouté la nécessité de scénariser la consigne, de l’inclure dans le quotidien des élèves. On pourra ainsi demander aux élèves de jouer aux policiers en mathématiques pour résoudre une énigme demandant des mathématiques, de jouer aux journalistes pour les SES… On peut voir émerger des jeux de rôle demandant aux élèves de se mettre dans « la peau de… »

Attention, avis controversé sur la suite car tout le monde n’est pas d’accord :
Mon avis : Cette approche de jeu de rôle peut poser en Histoire (et pas du tout en géographie et en éducation civique) un problème d’essence à ce qu’est la discipline. Imaginez une TâCo demandant aux élèves de se mettre dans la peau des juifs ou tsiganes déportés et de décrire et expliquer les moyens de leur élimination. Personne ne le fera mais, la définition le permet. Ce qui est bizarre est que tout le monde est d’accord pour dire que c’est choquant mais ça ne trouble personne d’user du même processus  pour d’autres questions historiques. Sauf que non, à mon sens (mais j’ai une vision de la TâCo très personnelle). La plupart des gens seront choqués moralement par la TâCo sur le génocide que j’ai évoquée plus haut. Ils auront raison. Mais c’est aussi une erreur méthodique car aucun humain ne pourra jamais se mettre dans la peau de gens d’autrefois dont nous n’avons que des traces pour évoquer leur histoire. Les élèves n’ont pas assez de connaissances et de recul et de méthode. De surcroît, il existe des scénarisations plus appropriées car les élèves utiliseront les méthodes historiques qui évitent le pathos et l’imaginaire (mettre les élèves dans la peau d’archivistes, d’archéologues ou d’historiens, c’est demander aux élèves d’utiliser les méthodes enseignées dans l’année en histoire et d’être dans une démarche d’étude et pas d’imagination comme dans le fait de se mettre dans la peau d’un hoplite athénien à Marathon ou d’un ouvrier à Manchester au XIXe siècle).
Cependant, ceci est mon avis et je reconnais qu’il peut paraître injuste parce que, parfois, l’imagination est le seul moyen pour faire travailler les élèves. Je suis dubitatif personnellement car je pense que d’autres moyens de scénarisation sont possibles et que faire cela, c’est céder à la facilité (pour rester gentil). Surtout que, soyons honnêtes, on est dans l’imaginaire et le roman historique voire l’uchronie en mettant les élèves dans la peau de personnages du passé.
Je prends un exemple, l’épopée d’Alexandre au programme de 6e. On a trois choix :
A- Sans scénarisation : Raconter l’épopée d’Alexandre avec les documents X, Y et Z. Vous avez une heure.
B- Avec scénarisation plongeant les élèves dans la peau d’un personnage du passé : Vous êtes un soldat grec engagé dans les forces d’Alexandre lancées à l’assaut de l’Empire perse. Racontez cette épopée en utilisant les documents X, Y et Z.
C- Avec scénarisation sans mettre les élèves dans la peau d’un personnage du passé : Dans une cache secrète du Sérapéum d’Alexandrie, votre équipe d’archéologues et d’historiens vient de découvrir des documents sur l’épopée d’Alexandrie. A l’aide de ces documents (X, Y et Z), racontez (avec la méthode historique) l’épopée d’Alexandre.

En géographie et en Education civique, la scénarisation pose moins de problème même si je considère qu’il faut éviter certaines scénarisations demandant à se mettre dans la peau d’acteurs impliqués dans les événements/phénomènes à situer, décrire et expliquer. On doit rester dans le champs des méthodes de nos disciplines, selon moi, et non entrer dans des travaux où l’imaginaire prend une place plus ou moins forte dans le résultat du travail. Dans les exemples A et C, à aucun moment les élèves dans leur récit, les élèves ne montreront qui ils sont. Il n’y aura que du récit historique. Dans le B, en revanche, l’élève va pouvoir imaginer des choses pour se mettre dans la peau. Si on scénarise, il faut éviter que le travail final montre l’implication imaginaire de l’élève. Voilà pourquoi j’opte surtout pour des scénarii avec des agents géographes, des archéologues et des archivistes. Le but de la scénarisation est atteint sans porter préjudice à la rigueur de la discipline. Mais, ce n’est que mon avis et je sais que des gens que j’estime beaucoup ne sont absolument pas d’accord avec moi mais alors, pas du tout (et ils vont me crier dessus  Rolling Eyes ).

Cet aspect sur la scénarisation en HGEC est polémique et chacun fera comme il voudra. La seule chose qui vaille est que les élèves apprennent et réussissent leurs études. On aura compris ma position mais, je respecte celle des autres.

Alors pourquoi le faire et comment le faire ?

Pourquoi le faire est simple : cela entre très facilement dans la démarche inductive à la mode actuellement, cela permet d’approfondir vraiment très loin des points du programme et d’éviter l’aspect saupoudrage, cela permet de développer chez les élèves les capacités requises en HG (vous savez les capacités demandées par le programme de collège et les savoir-faire écrits au début des programmes de lycée) et cela favorise la mémorisation à long terme.

Cela permet aussi, sur la forme, de laisser un peu de liberté aux élèves et c’est souvent surprenant car les élèves montrent alors qu’ils sont très méthodiques.

Après, ce n’est qu’un outil. Les gens font ce qu’ils veulent.

Comment le faire ?

C’est comme une recette de cuisine. Il faut :

– un sujet.
– une consigne.
– une scénarisation (ou non).
– des ressources internes (que sait déjà ou sait déjà faire l’élève qui permettra de réussir ce travail ?).
– des ressources externes (documents, méthodes…).
– une organisation du travail (en solo, en duo, en groupes, en organisation libre…).
– une durée.
– des coups de pouce.

L’enseignant voulant faire une TâCo doit préparer les ressources externes (documents, consignes, coup de pouces), avoir travaillé préalablement en classe une grosse partie des ressources internes d’ordre disciplinaires (des connaissances et des méthodes) et la scénarisation. Les Coups de pouce sont importants pour aider les élèves qui semblent dépassés ou débordés. Cela peut être un plan, un questionnaire d’aide… etc.

Il va devoir organiser la mise en œuvre : gestion du temps de travail, gestion de l’organisation du travail, gérer les formes choisies par les élèves pour faire leur travail…
Un point : il ne faut pas trop contraindre les élèves dans la forme attendue du travail. Le but est qu’ils réfléchissent et répondent à la consigne. Après, on peut vouloir contrôler la forme finale mais, si on n’essaie pas de contrôler cet aspect, on peut être surpris très positivement la plupart du temps.

Il va devoir penser les aboutissements de cette TâCo : quelles connaissances veut-il que ses élèves acquièrent dans ce travail ? Quelles capacités/compétences veut-il qu’ils travaillent ? Quels réinvestissements envisage-t-il de ce travail ?

Personnellement, je fais travailler mes élèves en tâche complexe sans scénarisation la plupart du temps et seulement après les avoir initiés aux pratiques langagières de l’HGEC. Je scénarise de temps en temps pour créer une sorte de respiration ou, parfois, parce que ça me permet curieusement de gagner beaucoup de temps tout en étant efficace. J’ai toujours été impressionné par les résultats de mes élèves. Quand je fais travailler ainsi, mes élèves sont libres de travailler comme ils veulent (à 1, 2 ou 3, rendre un texte, une carte mentale, une frise chronologique, une carte de synthèse, un croquis de paysage…).

A noter que les TâCos ou tâches complexes peuvent être vues à plus grande échelle, avec aucune scénarisation, et entrer dans des plans de travail type pédagogie Freinet.

De même, la TâCo est un excellent outil métacognitif et de travail collaboratif si on opte pour la liberté d’organisation des élèves.

Pour aller plus loin :

Eduscol : http://eduscol.education.fr/cid51827/temoignage-mise-en-oeuvre-dans-la-classe.html

Un numéro des Cahiers pédagogiques : http://www.cahiers-pedagogiques.com/No-510-Des-taches-complexes-pour-apprendre

Un livre : http://livre.fnac.com/a4117025/Annie-Di-Martino-Socle-commun-de-competences-pratiques-au-college

Un site (avec scénarisation de tout type) : https://tacohgec.wordpress.com/

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Un commentaire sur “

  1. MKF
    21/01/2015

    Présentation complète et qui soulève des points clefs, notamment des critiques qu’on peut émettre à l’encontre de la « mode des TaCos ».

    J’en ajouterai une, qui peut être corrigée en l’articulant avec des plans de travail : je mets souvent les élèves dans des situations de TaCos. Pour autant, un problème majeur se pose de plus en plus : que faire des élèves qui ont des lacunes nombreuses, méthodologiques et de connaissances? Certes ils sont encouragés, voire tutorés par leurs camarades, mais ce n’est pas suffisant.

    A mes yeux, les TaCos sont une démarche stimulante pour de « bons » élèves, autonomes et qui maitrisent les nombreux implicites de l’exercice.

    Dès lors il faut articuler ces activités avec des PLANS DE TRAVAIL, en amont bien évidemment, car la différenciation (plus ou moins d’aide, pour faire simple) n’est jamais suffisante.

    Alors que faire, comme dirait Vladimir?

    Et bien discuter et échanger à ce sujet !

    MKF

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Cette entrée a été publiée le 19/01/2015 par dans à propos des tâches complexes.
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